BILDUNG UND KULTUR /FORMATION ET CULTURE

Bundesakademie Trössingen, salle de cours

Bundesakademie Trössingen, salle de cours

Cet article est la restitution d’un brainstorming animé par Ulrich Mahlert le 3 mars dernier lors de la première phase de formation à la direction d’un établissement allemand à laquelle je participe.

La question de départ était sous forme de question-réponse: « à quoi forme la musique?…Car elle… », le verbe bilden, pris sous le double examen du « quoi? » et du « comment? ».

A la partie consacrée au « quoi? », sont sortis pêle-mêle: « l’accomplissement,  le capital culturel, la formation des amateurs, l’intégration sociale, des ponts entre les expériences d’apprentissage scolaire et extra-scolaire, une approche esthétique globale dans le plaisir, la formation à l’esprit collectif, de la personnalité, des possibilités de rencontres interculturelles, des personnes qui s’écoutent mutuellement, la constitution de réseaux sociaux, le vécu d’expériences musicales pour tous les âges, des perspectives professionnelles, la pierre de touche d’une société de paix,  une valeur immatérielle dans un monde de consommation. »

Dans les réponses de mes collègues – tous directeurs ou adjoints et ayant la plupart une riche expérience et une formation supérieure aboutie – j’ai été frappée par leur hauteur de vue, leurs dimensions culturelles et humaines, faisant de la musique un vecteur de formation de la personne et pas seulement une formation à la musique.

Se trouvaient aussi des réponses plus pratiques sur le « que forme la musique? »: « compétences musicales et sociales, (sens de l’écoute, dépassement des conflits, capacités de réaction, de concentration), capacités de compréhension (représentations internes), auto-évaluation, persévérance, Soi (qui suis-je comme personne, à la différence des autres, dans l’interaction?), estime de soi (succés, sentiment de sa propre valeur), créativité (imagination, interprétation, improvisation), capacité à apprendre par soi-même, formation du caractère, esprit d’équipe, capacités de discernement et de différenciation, valeurs sociales (ponctualité, attention, soin), sentiment de bonheur après l’effort, gestion de l’effort, unité corporelle, conscience historique. »

A propos de cette seconde série sur le « que forme-t-on? », je remarque le caractère réflexif de ces réponses, qui témoignent d’une pensée sur l’action et sur soi-même. A la question « à quoi forme la musique? », on aurait en effet pu imaginer des réponses sur le sens rythmique, la maîtrise instrumentale ou vocale, la justesse, l’écoute mutuelle – très importante au demeurant, sans oublier l’autonomie que l’on peine tant à construire et dont il serait temps de se demander pourquoi elle reste trop souvent un voeux pieux.

Cette liste des effets de la musique et de son apprentissage posaient les questions du « pourquoi » et du  « comment? ». Que faire en effet pour former ces comportements et compétences qui sont déjà tout un programme qui implique des dispositifs, des méthodes, mais surtout des élus, directeurs, enseignants, élèves et parents conscients de ces finalités et déterminés à les réaliser et s’en donner les moyens.

Pour conclure, amusons-nous à imaginer ce qui serait un frein à ces effets bénéfiques de la formation par la musique. Qu’est-ce qui pourrait entraver l’intégration sociale, l’écoute de l’autre, la formation de la personnalité, l’estime de soi , la créativité, des perspectives professionnelles pour les élèves et les professeurs? Nul doute que simplifier l’accès des conservatoires, différencier les cursus en les allégeant ou en les renforcant, développer la pédagogie de groupe, forger le jugement esthétique, objectiver les causes de ses réussites et de ses échecs, lier davantage interprétation et improvisation, mieux gérer les « ressources humaines » des conservatoires en modulant les temps pédagogiques, sans omettre d’encourager les professeurs à promouvoir les talents, donner enfin leur place aux jeunes musiciens brillants, formés artistiquement et pédagogiquement, seraient quelques pistes à suivre…


Trössingen erste Phase

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Warteliste/liste d’attente

Dans le Berliner Morgenpost du 23 mars 2014 , consacré à la liste d’attente des 2000 personnes, dont 222 enfants souhaitant s’inscrire à l’école de musique de Friedrihshain-Kreuzberg, Ina Finger, la directrice  dit, non sans humour, que cela lui faisait penser au délai de livraison des « Trabbis », la petite voiture « made in DDR ». Tous les candidats à l’achat de la petite voiture socialiste à deux temps n’étaient pas assurés d’en acquérir une aprés de longues années d’attente!

Il en est ainsi dans l’arrondissement de Friedrichshain-Kreuzberg, ou  la demande pour commencer le violon a explosé sous l’effet « David Garret », rockstar du violon, à tel point que l’on parle de la « David Garret Warteliste » (liste d’attente « David Garret »! Cette « violinomania », conjuguée avec le manque d’heures, pose bien des problèmes à l’équipe de direction, Ina Finger et Ulrike Philippi. Elles font donc connaitre d’autres instruments de la famille des cordes tels l’alto, le violoncelle ou la contrebasse; autre orientation possible vers les vents tels la flûte traversière ou le saxophone pour lesquels des brochures spéciales ont été réalisées.

En l’attente d’une place, pas d’autre possibilité que les écoles privés ou les cours particuliers. Bernadette et Moritz, deux élèves violonistes ont eu beaucoup de chance de choisir le violon avant la vague « David Garett ». Ils ont eux-mêmes bénéficié d’un traitement de star avec séance photo et audition dans la belle annexe de la Zelle Strasse 12.

Warteliste 1

Les inscriptions dans les écoles de musique peuvent se faire à tout moment l’année, soit en se rendant à l’école de musique, par téléphone ou sur le site web de l’école de musique: vous remplissez alors un formulaire et vous êtes automatiquement enregistré et contacté pour un rendez-vous dès qu’une place se libère dans l’instrument ou la formation choisis. L’inscription donne lieu à la signature d’un contrat, avec une période d’essai de 12 cours pouvant donner lieu à rétractation. Les cours se déroulent sur 39 semaines. Le contrat est renouvelé tacitement.

A l’école de musique de l’arrondissement de Friedrischshain-Kreuzberg,  les tarifs vont de 18-euros par mois pour un cours de groupe enfant-parent, à 84-euros mensuels pour une heure de cours individuel mensuel. Pour les cours d’instrument, toutes les variantes sont possibles: cours individuel de 30, 45 minutes ou 1 heure, cours de groupe jusqu’à trois participants (50,40-euros pour une heure), cours de groupe à partir de quatre participants (25,20-euros pour une heure). Les matières complémetaires telles la formation de l’oreille ou l’analyse sont facultatives et coûtent de 18 à 27-euros en fonction de la durée. Les familles défavorisées peuvent bénéficier de tarifs sociaux: les Rmistes, personnes en aide sociale, boursiers, chômeurs, « mini jobs », bénéficient de réductions après étude de leur dossier.

En 2012, pour les douze arrondissements de Berlin, sur un budget de 34.886.787€, les recettes émanant des cotisations des familles  s’élevaient à 18.372.836€, soit près de 53% (à titre de comparaison, le taux de couverture était en 2010 de 12%  pour la collectivité parisienne). Revers de la médaille, ce fort taux de couverture est rendu possible par le recours massif aux freie Mitarbeiter (l’équivalent de nos professeurs vacataires). Le salaire moyen pour un plein temps d’environ 25 heures d’enseignement hebdomadaires est, selon le syndicat ver.di de 1044-euros, à tel point que certains professeurs sont obligés d’avoir un job pendant les vacances pendant lesquelles ils ne sont pas payés: caisse de supermarché ou vélo-taxi!

Les listes d’attentes ne sont pas prêtes de se tarir si l’on en croit Jana Borkhamp , conseillère municipale du parti des Grünen (les Verts), en baskets rouges sur la photo.

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« La question du personnel est un thème difficile… Les professeurs sont mal payés et 90% sont rémunérés sur honoraires ». Sans oublier le manque flagrant de personnel administratif et les nombreux burn-out qui en découlent.

A Berlin (où les limite d’âge n’existent pas) comme à Paris, la demande des habitants en matière de pratique artistique est forte et le nombre de place dans les écoles de musique limitées pour des raisons de moyens.  Le modèle berlinois d’inscriptions a le mérite d’être accessible à tout moment de l’année, mais n’offre pas de garantie de trouver une place, d’autant plus dans les disciplines très demandées. En revanche, la diversité des offres individuelles ou collectives, offrent davantage de chances d’intégrer une école de musique et de s’y épanouir en fonction de son projet. Pour nous en convaincre, regardons cette vidéo de l’ensemble pop rock de l’école de musique de Friedrischshain-Kreuzberg sous la direction du saxophoniste Dirk Engelhardt.

Si vous voulez en savoir plus sur le modèle berlinois, rendez-vous ce samedi à 17 heures au conservatoire Darius Milhaud, 26, rue Mouton-Duvernet pur une rencontre-débat sur le sujet, à l’invitation de l’association des Parents d’Élèves du conservatoire du quatorzième arrondissement.

Koop Schulen/coopérations avec l’école

Chacun a de l’école allemande, la représentation d’une école se terminant à 13 heures, l’aprés-midi étant consacré aux activités sportives, artistiques et aux devoirs. Ceci n’est plus le cas à Berlin depuis la mise en place de la Ganztagsschule à partir de la rentrée 2010-2011. Il est intéressant de constater que les deux capitales convergent vers un modèle qui recherche un équilibre dans la journée de l’enfant, entre enseignement des matières obligatoires (assurées par des professeurs titulaires) et activités complémentaires (assurées par des professeurs rémunérés à la vacation).

Il n’y a pas un modèle unique d’organisation de la journée d’école dans le Land de Berlin mais trois formes sous lesquelles la Ganztagschule est déclinée :

– la forme « reliée » (Gebunden) : matières obligatoires de 8 à 16 heures quatre jours par semaine.

– la forme « ouverte » (Offen): cours obligatoires le matin et offre complémetaire d’activités facultatives jusqu’á 16 heures.

– la forme « semi-reliée » ou »semi-ouverte » (Teilgebunden) : alternance de journées « ouverte » et « reliée (modèle se rapprochant de l’Aménagement des Rythmes Éducatifs tel qu’il est organisé à Paris) selon toutes les formes possibles 1+3, 2+2, 3+1.

Les écoles de musique s’engagent dans les dispositifs « ouverts » ou « semi-ouverts » en proposant une large gamme d’activités musicales. Catrin Gocksch, ancienne directrice de l’école de musique Joseph-Schmidt de l’arrondissement de Tretow-Köpenich écrit  : »dans le cadre du temps libre (périscolaire) et en complément du cours de musique […]  les écoles de musique apportent la large gamme de leur offre  et renforcent ainsi le profil des écoles. » L’école primaire Werbellinsee dans le quartier de Schöneberg est représentative de partenariats sélectionnés en fonction du profil de l’école et de la population scolaire  : cirque, arts plastiques, associations sportives et musique. Dans ce domaine, l’école Werbellinsee coopère avec l’école de musique Leo Kestenberg de l’arrondissement de Tempelhof-Schöneberg : sont ainsi proposés aux élèves, carrousel des instruments, classe de cordes, percussions, orchestre et groupe pop, Musiktheorie mit Spass ( solfège avec plaisir et non Musik-TERRORie), cours d’instrument et manifestations musicales.  En présentant son école, la directrice parle « d’une maison pleine de musique, de la cave au grenier » ! J’ai pu être accueillie dans la classe de cordes ou travaillent  en binôme deux enseignantes, Frau Bangerer (alto)et Frau Rogovtsova (violon et piano).

Classe de cordes à l'école Werbellinseeee

Classe de cordes à l’école Werbellinseeee

La classe est composée de violons, altos et violoncelles. le cours est particulièrement structuré et efficace, alternant jeu soliste et collectif,  exercices et morceaux, apprentissage par imitation et lecture sur tablature. Les élèves sont concentrés et actifs.

Lecture sur tablature

Lecture sur tablature

Chaque élève possède en outre son propre Notenbuch (recueil de partitions) qu’il personnalise avec une photo.

Les garnements des cordes !

Les garnements des cordes !

Dans l’arrondissement de Treptow-Köpenick, au sud-est de Berlin, j’ai pu découvrir un nouveau concept dans la Grünauer Schule (qui accueille des élèves de la 1ere á la 10éme classe, couvrant donc premier et second degré) en partenariat avec l’école de musique Joseph-Schmidt.  Le cours de musique multidimensionnel ou Multidimensionaler MusikUnterricht (MDU®), concept inventé par Gerhard Wolterse, est un cours collectif simultané de différents instruments, donnés a des élèves d’ages différents, par plusieurs professeurs, le tout dans plusieurs salles évidemment.   Sous la direction de Frau Maas, cheffe du département « coopérations avec les écoles », j’ai eu la chance d’être accueillie dans les cours de Frau Börger (piano), Herr Nauck (clarinette et flûte à bec) et Herr Sekine (flûte traversière), tous diplômés pour ce type de pédagogie innovante .  Grand consommateur de salles (absolument impossible à mettre en place à Paris !) le MDU® réquisitionne un étage entier de l’école. Les enfants sont répartis dans toutes les salles, y compris les extrémités du couloir !

Cours de flûte traversière de Herr Sekine

Cours de flûte traversière de Herr Sekine

Fréquenté par des élèves d’ages différents, le cours multidimensionnel favorise également l’apprentissage mutuel et la répartition des taches…

Un petit clarinettiste de 6 ans répète son morceau

Un petit clarinettiste de 6 ans répète son morceau

Et un moment est toujours réservé pour aller voir le cochon d’inde de l’école !

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Ce qui m’aura frappée en général dans les nombreuses observations de cours donnés dans les écoles de musique de Berlin, c’est l’épanouissement des élèves, et en particulier dans ce dispositif ouvert qu’est le MDU®, ou les enfants apprennent avec leur professeur et s’exercent successivement dans une grande liberté. Libres enfants de Grünau !

Les coopérations entre écoles de musique et école primaire connaissent un fort développement et ce d’autant plus  que les cours sont pratiquement autofinancés : à titre d’exemple, à l’école de musique de Tempelhof-Schöneberg, le carrousel des instruments dans le cadre de l’école coûte aux familles 18€ par mois pour 45 minutes de cours hebdomadaire par groupe de quatre enfants (des aides sont accordées pour raisons sociales). Sachant qu’un professeur est rémunéré environ 24€ de l’heure, soit 18€pour 45 minutes), le calcul est vite fait : recettes 72€, dépenses 72€. Pragmatisme allemand, deutscher Pragmatismus !

La généralisation de « l’école toute la journée » n’est pas sans poser de problèmes aux professeurs de musique dont les cours dans les locaux des écoles de musique ont lieu plus tard qu’auparavant.  L’adéquation des locaux  aux particularités des cours d’instrument, une meilleure communication entre les professeurs de l’école et les professeurs de l’école de musique (aux statut diamétralement différents), la participation des écoles aux investissements, sont probablement des pistes à suivre.   

Berlin comme à Paris, la pérennité des partenariats avec l’école dépendra de la capacité des partenaires à se choisir et travailler ensemble. Intégrer l’offre dans le projet de l’école, rentabiliser le temps de présence du professeur dans l’école (devant travailler au moins cinq heures par jour pour espérer gagner leur vie, les professeurs berlinois ne pourraient se contenter d’une heure trente dans une école), satisfaire les attentes des parents et de leurs enfants en élargissant l’offre, du cours individuel d’instrument aux pratiques collectives, des musiques anciennes a la pop, sans oublier la danse et le théâtre ! Ici comme à Paris, les partenariats avec l’école esquissent les conservatoires de demain.

Petit concert devant les parents

Petit concert devant les parents

 

workshops/ateliers

Affiche des "Journées musicales" en direction des jeunes des lycées de l'arrondissement de Steglitz-Zelhendorf

Affiche des « Journées musicales » en direction des jeunes des lycées de l’arrondissement de Steglitz-Zelhendorf

A Berlin, les écoles de musique pratiquent une politique volontariste d’offre en direction de Zielgruppen (groupes-cibles). Pour les adolescents n’ayant pas eu la possibilité de commencer une pratique artistique,  l’arrondissement de Stegliz-Zelhendorf et la Leo-Borchard Musikschule  (plus grosse école de musique d’Allemagne avec 6000 élèves de 8 mois à 92 ans), dirigée par Herr Gleich, organise chaque année trois journées de découverte aboutissant à un concert final.  L’édition 2014 a rassemblé prés de 300 lycéens, encadrés par 16 formateurs, et répartis en quatorze ateliers représentatifs d’expressions populaires contemporaines  : du street-dance au beat-boxing (percussions vocales), de l’ukulele au songwriting. En trois demi-journées, les lycéens ont répété intensivement en vue de la prestation du 30 janvier. J’ai eu la chance d’être « embarquée » dans la voiture du coordinateur du projet, Herr Doktor Martin Burggaler, professeur de musique à l’Arndt-Gymnasium dans le quartier de Dahlem et de faire avec lui la tournée des quatorze worshops dans un Berlin enneigé. Le rallye, avec carte et chronometre,  pouvait commencer…

Outreach Jugendkulturbunker

Outreach Jugendkulturbunker

Dans chaque atelier j’ai ressenti une atmosphére de concentration, d’engagement, les formateurs toujours l’écoute. Toutes et tous étaient motivés par l’objectif du spectacle : donner le meilleur de soi-meme pour la réussite du groupe.  Il faut rappeler que la plupart des worshops étaient composés de lycéens entièrement débutants qui savaient, en s’inscrivant, qu’ils devraient monter sur scène deux jours plus tard, après seulement quatorze « heures de vol »! Ainsi ce groupe de rock, composé uniquement de filles, mettant au point leur morceau avec leur formateur, Herr Hess dans la cave d’une Mehrgenerationshaus (maison regroupant des activités destinées á toutes les générations),

Rock Band-Mehrgenerationshaus Phoenix

Rock Band-Mehrgenerationshaus Phoenix

ou bien ces danseuses répétant une chorégraphie de leur formatrice, Frau Foulkes dans une salle d’un ancien blockhaus reconverti en centre culturel ou flottait une merveilleuse odeur de crepes… 

New style-Dancehall- JugendKulturBunker

New style-Dancehall- JugendKulturBunker

ou bien encore ce choeur pop de lycéens dans la Aula de l’Arnd Gymnasium, chantant « Imagine » encadrés par Frau Burrichter et Frau Mennenöh devant la tribune de l’orgue du lycée,

 Jazz-Pop-Gospelchor Arnd-Gymnasium

Jazz-Pop-Gospelchor
Arnd-Gymnasium

accompagnés par Herr Doktor Burggaller en personne, à la batterie!

Herr Dr. Martin Burggaller

Herr Dr. Martin Burggaller

Dans chaque atelier, notre « homme-orchestre » s’informait de l’avancement du travail, prenait des notes, faisant le point sur le minutage et sur les besoins en matériel en vue de l’imposante fiche technique : les quatorze worshops devaient tenir en deux heures chrono, avec treize changements de plateau! a 18 heures, le planning de la répétition génerale et le programme du concert était sur les boites E-Mail de tous les participants

Le jeudi 30 janvier 2014, à 18 heures, dans l’Aula du Schadows-Gymnasium, après une allocution de Frau Cerstin Richter-Kotowski, Conseillère municipale pour l’éducation, la culture et les services aux habitants, de l’arrondissement de Steglitz-Zehendorf, l’Abschlusskonzert (concert de cloture)  pouvait commencer, chacun des quatorze workshops étant chaleureusement applaudis. Großartig!

Concert de cloture Schadow-Gymnasium

Concert de cloture
Schadow-Gymnasium

Comme pour les Schupperkurze, il s’agit pour l’école de musique de faire connaitre, expérimenter, et surtout de donner envie avant de s’engager dans un apprentissage artistique sur une plus longue durée. Si le plaisir, le sentiment d’estime de soi et d’efficacité restent des valeurs pédagogiques sures, on aura toujours besoin de très bons pédagogues pour convaincre que chaque enfant, chaque jeune, chaque sénior, peut réaliser quelque chose d’extraordinaire. Ils l’ont fait, Respekt!

der Himmel über Berlin/le ciel au-dessus de berlin

Der Himmel über Berlin

Clin d’oeuil au merveilleux film de Wim Wenders, aux images oniriques d’un Berlin vu du ciel. Aujourd’hui, le ciel est bleu au-dessus de Berlin et l’air étonnamment doux pour la saison. La météo est-elle aussi printanière  dans  les écoles de musique ? Avec 52401 élèves (1,5% de la population) , une procédure d’inscription « au fil de l’eau » ( il est possible de s’inscrire à tout moment de l’année ), le succès des écoles de musique berlinoises est indéniable et plusieurs facteurs pédagogiques concourent à ce résultat, parmi lesquels : la qualité de la formation initiale et continue des professeurs (voir à ce sujet l’offre de laLandesmusikakademie),  l’importance de l’éducation musicale des jeunes enfants (dés deux ans!), les coopérations multiples avec les institutions éducatives et sociales (crèches, établissements primaires et secondaires, maisons intergénérationnelles), l’adaptation à la demande avec des offres ciblées ( pas de cursus unique, mais libre choix en fonction des motivations, allant du cours d’instrument unique à la préparation de concours de jeunes ou à l’entrée des écoles supérieures) et une pédagogie tournée vers la réalisation de projets artistiques ( 5416 manifestations en 2012). Ce diagnostic serait incomplet sans le role orienteur du Verband deutscher Musikschulen (association des écoles de musique allemandes) auquel les écoles de musique sont affiliées, et  qui fixe les programmes d’etudes.

Le paragrahe 124 de la loi berlinsoise stipule que les cours doivent etre confiés à des professeurs ayant une qualification pédagogique et détenteurs d’un diplome de fin de formation supérieure (à l’Universität der Künste, ou UdK, la durée des études de pédagogie musicale étant jusqu’à présent de huit semestres). Les missions des professeurs libéraux donnant droit à rémunération sont précisément décrites : le cours  de musique proprement dit (individuel, de groupe ou collectif), les manifestations (auditions d’élèves, concerts et spectacles de danse ou de théâtre), les examens (seulement pour les groupes concernés : enfants doués, section préparatoire aux études supérieures, validation de niveau), les taches annexes (participation à des groupes de travail, des conférences spécialisées, vérification des instruments, entretiens de conseil, encadrement de répétitions, concours, artistes invités).

Si les statuts différent de ceux en vigueur à la ville de Paris ou l’on trouve des professeurs ou assistants titulaires ou contractuels, les situations convergent en ce qui concerne les enseignants vacataires. A Berlin, environ 90% du corps professoral est composé de freie Mitarbeiter, professeurs libéraux, assimilables aux vacataires des conservatoires parisiens. Ils sont, comme leurs homologues parisiens, rémunérés sous forme d’honoraires et ne perçoivent pas de rémunération pendant les vacances (13 semaines) et les jours fériés.

Avec une récente réforme des contrats, le ciel s’est assombri au dessus des écoles de musique de Berlin : auparavant, la rémunération était forfaitaire et constante sur l’année, avant que le calcul de la rémunération ne se fasse que sur les heures effectuées, comme cela se pratique pour les professeurs vacataires parisiens. Selon le Morgenpost, les professeurs des conservatoires auraient subi une perte de salaire de 3,2%.  Si le renouvellement des contrats a donné lieu à un mouvement de protestation des professeurs, ceux-ci ont néanmoins signé les nouveaux contrats. « Nous nous sentons contraints car nous n’avons pas d’autre choix » témoigne une enseignante. Une autre se plaint du manque de reconnaissance d’un métier qui n#a plus rien à voir avec une succession de cours individuels :  « Partout il est répété combien la musique est importante pour le développement de l’enfant, mais notre travail n’est pas reconnu. »

La musique n'est pas un luxe. Tous les hommes ont besoin de musique.

La musique n’est pas un luxe. Tous les hommes ont besoin de musique.

Dans un souci de transparence démocratique, la ville de Berlin publie une étude comparative des coûts des  services publics aux habitants de chaque arrondissement : « Was kostet…… eine Stunde Musikunterricht in einer Musikschule ? ». L’heure de cours en école de musique aura  ainsi couté en moyenne 46€ en 2013. Sachant que les cotisations des familles couvrent déjà environ 50% des dépenses, l’on comprend que les dépenses de personnel soient la variable d’ajustement et que le recours aux professeurs libéraux soit devenu la règle. Un coin de ciel bleu toutefois,  avec la création de Feststelle (équivalent de nos CDI) dans le cadre du plan spécial de coopération avec l’école.

Etre attentif aux écoles de musique ?

Etre attentif aux écoles de musique ?

Schnupperkurse/cours de renifleurs

Etoile de violons

Etoile de violons

Schnupperzeit, Schnupperphasen, Schnuppermaterial, Schnupperinstrument, tous ces mots utilisent le verbe schnuppern (renifler, flairer) et recourent à la métaphore de l’odorat pour exprimer l’idée de bon sens selon laquelle il est sage de « flairer » plusieurs instruments avant de se décider pour l’un d’entre eux.  Ces Schnupperkurse s´appellent aussi Instrumentenkarussels, reprenant l’image du manège qui tourne avant de choisir le cheval, le carrosse ou l’avion dans lesquel l’enfant montera. En matière d´apprentissage d’un instrument, l’offre des écoles de musique est souvent très riche, et beaucoup d’instruments restent méconnus des enfants et des familles. Le « reniflement » de plusieurs instruments avant d’en choisir un, est donc une manière de les faire connaitre, non seulement en les écoutant, mais encore en les expérimentant.

Claviers

Claviers

Les Schnupperskurse ou Instrumentenkarussels existent dans les écoles de musique, mais de plus en plus dans les écoles primaires dans le cadre des partenariats très nombreux avec les écoles de musique. Un « manège des instruments » comporte quatre instruments de familles différentes (par exemple, claviers, guitare, flûte, violon) qu’un groupe de quatre enfants fréquente pendant quatre semaines avant de passer à un autre instrument : la durée du cours est donc de seize semaines, après quoi l’enfant change de « manège » pour explorer quatre nouveaux instruments.  A la fin de l’année a lieu un concert des élèves « renifleurs » et le choix ne sera définitif qu’après les vacances d’été.

Guitares après un cours dans une salle de classe

Guitares après un cours dans une salle de classe

Les cours d´instrument à « flairer »sont non seulement l’objet d´une organisation précise, mais aussi d’une didactique particulière. Il s’agit en effet pour l’enfant et son professeur de s’investir dans un apprentissage, même si ce dernier est  « à durée limitée ». Dans son ouvrage sur le Schnupperkurs, paru aux éditions Breitkopf et Härtel, Elena Marx distingue six thèmes : prise de contact (milieu familial, motivation, représentations), exploration de l’instrument (prendre soin de l’instrument, fonctionnement, tenue, timbre, possibilités), introduction à la notation appliquée à l’instrument (avec une remarquable analyse des difficultés pour l’enfant de coordonner hauteurs, durées et geste instrumental), chant, jeu et accompagnement de chansons (il est recommandé de chanter dans plusieurs langues si l´on prend en considération les enfants issus de l’immigration), intermède permettant aux élèves à la fois de se détendre et d’aborder des activités corporelles (Stopptanzspiele ou jeu de la statue, pantomimes, jeu du chef d’orchestre, etc). Enfin un concert festif devant les parents et amis, clôt ce grand « tour de manège ». Les professeurs se tiendront ensuite à la disposition des parents pour un entretien en vue de la décision du choix de l’instrument de l’enfant. 

A Berlin, les Schnupperkurse ne sont que l’une des nombreuses offres proposées dans le cadre des partenariats avec l’école primaire, comme dans l’Ecole primaire Rupin dans l’arrondissement de Schöneberg. Un grand merci aux professeurs qui m’ont accueillie et consacré de leur temps. Un cours pour flairer les instruments au conservatoire Darius Milhaud du 14eme arrondissement à la rentrée prochaine ?

Ecole primaire Rupin, Berlin Schöneberg

Ecole primaire Rupin, Berlin Schöneberg

musizieren/musiquer

Crèche de Kleistpark

Crèche de Kleistpark

Juste á coté de l´ecole de musique de l´arrondissement de Tempelhoh-Schöneberg, qui porte le nom de Leo Kestenberg, pédagogue réformateur de la première moitié du XXeme siècle, se trouve la crèche de Kleistpark avec laquelle un partenariat est instauré.
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Tous les matins, à 8h45, parents et enfants se retrouvent pour le Morgenkreis (le cercle du matin), animé par Elena Marx, enseignante à l´école de musique et artiste, animatrice du groupe « Wir Kinder vom Kleistpark » (« Nous, enfants de Kleistpark »).

Salle de musique, piano au bois clair, ambiance gemütlich (douillette) comme les aiment les allemands et tout spécialement les berlinois, au seuil  d´un long hiver. Aprés quelques pièces des « Scènes d´enfants » de Schumann jouées par Elena, trois enfants font résonner un gong grave en guise de rituel.

Commencent ensuite quinze minutes de pur plaisir musical partagé entre enfants, parents et intervenante. Le corps, la voix, les expressions du visage sont éclairés de l´intérieur par la joie de musiquer, Freude am Musizieren.
Ici, l´on musiziert, on « fait » non seulement de la musique mais on la vit, on  l´éprouve. Il faudrait inventer le verbe « musiquer » pour traduire ce rapport intrinsèque à la musique qui n´est par un « objet » extérieur, mais un état,  l´état de musique.

A l´interieur de leur « cercle du matin », les enfants, leurs parents, Elena ne « font » pas de la musique, ils « sont » musique. Par ce petit matin froid, les « Flöckchen », les petits flocons de neige, virevoltaient symboliquement dans l´air des chansons et fondaient dans la chaleur des mains.

salle de musique de la Kita am Kleistpark

salle de musique de la Kita am Kleistpark